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Iredey Blog Emergence

DJENONTIN Ministre de la honte béninoise

28 Mai 2014 , Rédigé par ibe_master Publié dans #Actualités

A propos des sentences de la Ccja : Djènontin, la honte et  des omissions en cascade. Lisez plutôt l'analyse du Confrère du Matinal de ce jour

 

 

 

Instruit par le Président Yayi Boni, le ministre Djènontin a donné hier soir sur les antennes de la télévision nationale, l’image d’un Bénin décadant en proie au mensonge, à l’irresponsabilité et à la médiocrité. Face à la réalité des sentences de la Ccja dans les affaires de Pvi et de coton, le ministre de la Justice du Bénin, pays en quête d’investisseurs, déclare publiquement et sans scrupule, que son Etat ne respectera pas les décisions de justice de la plus haute instance judiciaire de son seul espace juridique communautaire universellement reconnue. Plus qu’un drame, c’est un parjure voire un crime.


Dans un cocktail d’incohérences et de contrevérités, le ministre Djènontin, croyant à l’amnésie de l’opinion, a tenté de justifier l’incroyable par de faux prétextes pour le moins indignes d’un ministre de la Justice.
Djènontin affirme :
- Les tribunaux du Bénin se sont déclarés incompétents pour connaître de ces dossiers. (Il oublie de rajouter que c’est au motif que seule une cour arbitrale est compétente et que même les avocats de l’Etat ont plaidé dans ce sens)
- L’Etat du Bénin et la société Bénin-Control n’ont pas convenu de l’arbitrage. (Il oublie de préciser que l’Etat du Bénin a signé la Convention qui prescrit l’arbitrage en cas de conflit)
- L’Etat du Bénin et Bénin-Control n’ont pas décidé d’un commun accord de saisir la Ccja ; c’est Bénin-Control qui l’a fait unilatéralement. (Il oublie de préciser que l’Etat du Bénin a refusé par écrit le règlement amiable préalable sollicité par Bénin-Control conformément aux prescriptions de la clause arbitrale et que dans ces conditions, la clause permet à la partie intéressée de saisir directement la Ccja)
- Le contrat de Pvi est administratif, ne doit pas comporter de clause arbitrale et doit être exclusivement dévolu à la chambre administrative de la Cour Suprême. (Il oublie de signaler que tous les autres contrats signés par le régime Yayi avec tous les autres opérateurs privés comportent la même clause arbitrale et excluent la saisine de toute juridiction béninoise. Il oublie surtout de préciser que même les véritables contrats administratifs tels que les conventions de concession signées avec Nocibé, Bolloré, Pic Network etc…comportent la même clause arbitrale et qu’il en est de même pour Ségub)
- L’Etat n’a pas été convié et écouté par la Ccja avant la sentence. (Le ministre Djènontin a omis de dire que c’est l’Etat du Bénin qui a délibérément choisi de ne pas répondre aux multiples convocations et demandes de réplique à lui adressées par la Ccja, à l’exception d’un seul déplacement de l’Agent Judiciaire du Trésor au siège de la Ccja à Abidjan pour déposer un mémoire de refus d’arbitrage.)
Le Ministre Djènontin a fait économie de vérité en faisant croire que la sentence de la Ccja consiste ni plus ni moins à une condamnation à paiement de dommages et intérêts. Pourquoi omet-il de dire qu’en ce qui concerne le Pvi, la sentence n’a condamné l’Etat du Bénin qu’à reprendre l’exécution du contrat de Pvi et c’est seulement en cas de refus que l’Etat serait contraint à un paiement de dommages et intérêts ?
Pour faire toute la lumière sur les sentences en questions et sur le comportement de l’Etat du Bénin représenté par le Gouvernement de Yayi Boni, votre quotidien publiera dans ses prochaines parutions, les contenus desdites sentences ainsi que les documents donnant la preuve de la volonté délibérée du Palais de la Marina de ne pas répliquer aux accusations et réclamations de Bénin-Control. Trop, c’est trop !

 

La rédaction du quotidien Le Matinal

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Le Bénin : un membre rebelle de l'OHADA ?

27 Mai 2014 , Rédigé par ibe_master Publié dans #Actualités

Le Ministre de la justice Valentin Djenontin, accompagné de l’Agent judiciaire du trésor Véronique Lawson, a été reçu par le Chef de l’Etat ce lundi 26 mai 2014 au sujet de la décision de la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA) de l’Ohada sise a Abidjan, enjoignant l’Etat béninois a verser la bagatelle de 160 milliards FCfa au titre des dommages et intérêts dans les dossiers Pvi et Sodeco le liant a l’homme d’affaires béninois Patrice Talon.
A sa sortie du cabinet présidentiel, Valentin Djenontin a partagé avec la presse le contenu de ses échanges avec le Président Boni Yayi. Selon le ministre de la justice, l’Etat béninois ne se sent nullement engagé par cette décision, n’ayant été ni associé à la demande d’arbitrage de la CCJA, ni entendu sur tout le déroulement de la procédure.
Les deux dossiers, objets de cette décision sont entachés de plusieurs irrégularités au point que les tribunaux béninois, saisis en son temps s’étaient déclarés incompétents, justifie le ministre qui se demande pourquoi l’auteur de la plainte n’a pas cru devoir associer l’Etat comme l’exige la procédure. Tout en invitant le peuple à la sérénité et la presse à la retenue, Valentin Djenontin rassure que l’Etat béninois ne paiera pas un seul kopeck en guise de dommages et intérêts dans ces dossiers, ne se sentant nullement lié par ce verdict issu d’une procédure unilatéralement conduite par le partenaire Patrice Talon.

 

Danger 

Cette déclaration du Garde des Sceaux qui intervient à quelques semaines de la Table Ronde Economique du Benin qui se tiendra à Paris du 17 au 19 juin 2014 est maladroite. Le ministre Djenontin devrait se taire et faire profile bas. A travers cette déclaration, il vient de mettre inconsciemment en péril les efforts du gouvernement en vue de la relance l’activite économique de notre pays.

Dire que le Bénin n’est nullement ébranlé par le verdict de la CCJA dans laffaire PVI et SODECO, au motif que la procédure initiée est illégale, c’est affirmer un mépris vis à vis de l’ohada. Venant d’un Garde des Sceaux c’est impardonnable. C’est ne pas reconnaître également que le Bénin a ratifié l’accord d’adhésion au traité de cette organisation, et qu’en la matière, les décisions de cette institution sont sans appel et s’imposent à tous.

Ne pas reconnaître le verdict de cette institution, c’est créer l’insécurité juridique dans le milieu des affaires. C’est enfoncer également le Benin dans les profondeurs du classement Doeing business ou le Bénin se verrait sur l’axe des nations peu fréquentables pour non respect des décisions de justice, et de ses engagements internationaux.

En conséquence, les rares investisseurs qui tentent d’investir encore au Bénin seraient définitivement découragés faute d’assurance et de garantie juridique dans la mesure où l’Etat même ne respecte pas ses engagements. Que voulons-nous et où allons nous ? 

Un faux bruit 

Faux pas nous prendre pour bête diront les ivoiriens. On ose croire que cette sortie du Garde des Sceaux est une blague car le Minsitre de la Justice oublie certainement que le Bénin a des avoirs internationaux et qu’il suffit que la société Bénin Control Sa sur la base du verdict de la CCJA, adresse une requête à la Bceao ou au FMI pour que les avoir extérieures du Bénin soient bloquées. A défaut d’aggraver la situation et de négocier en douce, voilà le Garde des Sceaux qui envenime une situation déjà difficile.

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La cuillère , la louche et la troisième main ...

22 Mai 2014 , Rédigé par ibe_master Publié dans #Politique

En Janvier Février 2009 Bruno AMOUSSOU traitait (déjà)YAYI BONI et son gouvernement de corrompus ....

Aujourd'hui ( 5ans après) il le propose pour un 3ème Mandat non constitutionnel ...Lisez plutôt !

La cuillère , la louche et la troisième main

L'Interview (presque imaginaire) faite a Bruno AMOUSSOU à la suite de sa sortie tonitruante sur RFI

IBE (Iredey Blog Emergence) : Bonjour Monsieur AMOUSSOU .  Vous avez été superbe sur RFI . Mais dites donc , vous mangiez vraiment avec une cuillère avant  Monsieur AMOUSSOU. Mais quand avant?:
M. Bruno AMOUSSOU(BA) Tout le temps que j'ai été Ministre sous KEREKOU. Et depuis plus rien  ....c'est frustrant non ?
IBE : Comment ça plus rien. Vous n'êtes plus député  ? Vous avez votre salaire de député.
BA : Mais je le suis mais on n'a plus accès aux divers marchés  , ni rien
IBE : Vous avez votre salaire de deputé et votre retraite aussi . Cela fait combien par mois ....
BA : A peine 1000 000 FCFA par mois . Vous croyez qu'avec ça on peut vivre décemment au Bénin .
IBE : Donc vous denoncez le fait que le pouvoir mange avec la louche . Il ne laisse plus rien aux autres? Et si vous revenez au pouvoir vous allez utilisez la troisième main .... j'ai rien compris
BA : La louche en ce moment et quand nous serons là nos deux mains ne suffiront pas donc on utilisera une troisième main . Vous avez compris maintenant ?
IBE : Comme ça tout le monde mange au Bénin. Et le peuple pendant ce temps
BA : On s'enfout ce qui compte c'est les gens qui sont au pouvoir . cette histoire de gratuite de micro finances c'est des baratins . Puisque la mangeoire est devenue tres grande .
IBE : Mais comment YB fait il pour remplir cette mangeoire ?
BA : Il voyage beaucoup , fait des discours aux Nations Unis , en Europe .Mais ça aussi , nous on le faisiait mais on arrivait pas a remplir une grande mangeoire.
IBE  Qui vous ?  Vous voulez parler de KEREKOU ! Il faisait des discours aux Nations Unies lui ?  ... mais pourquoi vous servez-vous  d'une cuillère ? C'est pour en laisser un peu au peuple Béninois pour qu'il mange  aussi ? C'est ça ?
BA Oui ! Vous avez tout compris. Surtout ne me demandez pas une mesure de gratuité prise lorsqu'on était au pouvoir . Je ne me souviens plus .
 Il y avait plus rien dans les caisses en Avril 2006 .
IBE : Vous avez donc tout vider avant de partir ?
BA ( il bégaie un peu ...) non , ce n'est pas ça ; tout simplement on a pas eu le temps de remplir les caisses.
IBE : Donc vous demandez a revenir pour remplir ...
BA : nos poches oh pardon les caisses de l'Etat
IBE Donc vous reconnaissez qque YB  fait du bon boulot ...sauf que vous vouliez que cela se partage c'est ca ?  Par exemples faire la gratuité des soins , des inscriptionns pour les étudiants ....non ?
BA Euh .. oui oui . Vous avez tout compris . Nous ne le laisserons pas tranquilles et le Budget 2009 ne sera pas voté . Il faut qu'il capitule .On verra comment il va faire
.. Et puis je suis fatigué . Tu me rappelles hein ....
IBE:  Merci et à la prochaine  ( il racroche soulagé mais moi  inquiet de l'avenir de mon pays)

IBE

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Et si le Ministre SOUMANOU I. Moudjaidou avait raison ....

22 Mai 2014 , Rédigé par ibe_master Publié dans #Economie

DSC00183Confirmation de ce que la Sodéco reste le Bébé de TALON ...Le Prix d'un grotesque montage ?


 Ça se complique pour Boni Yayi. Son scenario de pardon présidentiel a au moins un avantage : il démultiplie ses épreuves de fin de règne. La Cour commune de justice et d’arbitrage de l’Ohada en prononçant son verdict dans le dossier PVI-Nouvelle génération, somme l’Etat béninois à verser 120 milliards F. CFA à titre de dommages et intérêts à l’homme d’affaires Patrice Talon. Pendant que les prévenus dans les dossiers de tentatives présumées d’empoisonnement et de coup d’Etat veulent coûte que coûte rétablir la vérité après leur libération, le principal acteur de la médiation Abdou Diouf renonce à son engagement

 La salutaire médiation engagée par le Secrétaire général de l’Organisation international de la Francophonie risque de ne pas aller à son terme. Pour cause, des sources dignes de foi annoncent depuis ce mercredi 21 mai 2014, la démission d’Abdou Diouf dont la médiation dans les affaires de tentatives présumées de coup d’Etat et d’empoisonnement a pourtant été recommandée par le président Français, François Hollande. Les mêmes sources expliquent que le découragement de l’ancien président de la République du Sénégal serait motivé par la grande campagne d’intoxication et les manipulations dont ferait montre le chef de l’Etat Béninois dans la gestion de la crise qui venait à peine de connaitre un dégel partiel. Du coup, l’on est amené à se demander si le renoncement du Secrétaire général de la Francophonie n’est-elle pas du genre à enfler la polémique autour de la fameuse lettre de l’homme d’affaires Patrice Talon au Président Abdou Diouf, ou du moins, de l’interprétation abusive qu’en fait le président Boni Yayi ? En attendant d’en savoir d’avantage, on retiendra que le chef de l’Etat n’est pas encore au bout de ses peines surtout que les détenus libérés de prison viennent d’ouvrir quarante huit (48) heures seulement après leur libération, le bal des déballages.

 Bataille juridique, un nouvel échec pour Yayi

 Même sur le plan juridique, le locataire de la Marina ne réussit pas à tirer son épingle du jeu. En effet, l’homme d’affaires qui, après avoir été contraint à un exil, a vu l’Etat béninois s‘arroger plusieurs de ses bien commence par être rétabli dans ses droits. C’est du moins ce qu’on pourrait déduire de la décision de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage de l’Ohada qui vient de désavouer le gouvernement béninois. Présidée par Marcel Serekoisse-Samba de la République Centrafricaine, la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage de l’Ohada vient de statuer sur les dossiers PVI-Nouvelle génération et Sodéco.

Pour le Pvi-Ng, l’Ohada condamne le gouvernement béninois et exige de lui plus de cent vingt milliards (120.000.000.000) de Fcfa à verser à titre de dommages et intérêts à l’homme d’affaires Patrice Talon avec un délai de sommation de soixante (60) jours pour retourner à Bénin Control SA ses activités au risque de subir des dommages et intérêts supplémentaires.


S’agissant de la Sodéco, l’Ohada somme l’Etat béninois de quitter au plus tôt le capital de ladite société, vu que les actionnaires lui versent un dividende de douze milliards (12.000.000.000 F cfa). Les dites décisions seraient même déjà notifiées à l’Agent judiciaire du Trésor, Sévérine Lawson.

Vaste scandale

 A bien y voir, les dossiers de tentatives présumées de coup d’Etat et d’empoisonnement constituent un vrai péché commis contre tout le peuple béninois. Sinon, comment comprendre que, rien que pour combattre un seul homme, l’on ait pu saboter l’image d’un pays et de ses institutions et par finir, plus d’une centaine de milliards seront puisés dans les caisses de l’Etat, soit plus de 10 % du budget national pour rendre justice à un l’homme qui, sur toute la ligne a réussi à imposer son leadership à tout un gouvernement ? Les successives décisions de Justice intervenues depuis les querelles entre Boni Yayi et son ancien ami Patrice Talon, ne sont-elle pas du genre à confirmer la thèse du ministre Moudjaïdou Soumanou qui, à sa sortie de Prison, dénonçait un montage grotesque ? Toutefois, en plus de rendre justice à Patrice Talon, les décisions de l’Ohada sont de nature à favoriser la réinsertion professionnelle de plusieurs centaines de travailleurs béninois entrés en chômage avec les agissements du gouvernement.

 

Vitali Boton

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Sortie Triomphale du Ministre Soumanou Issifou Moudjaidou

20 Mai 2014 , Rédigé par ibe_master Publié dans #Régions

 

 

sim1Sortie Triomphale de la Prison Civile de Ouidah  ce matin du

 20 Mai 2014 du Ministre Soumanou Issifou Moudjaidou 

Dieu soit loué !

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Les accusés dans l'affaire Talon libres et blanchis ...

19 Mai 2014 , Rédigé par ibe_master Publié dans #Actualités

Les ordonnances de non-lieu du juge Houssou en dernier rempart


extrait de l'article de Serge Prince AGBODJAN

Lundi 19 Mai 2014

 

 

Il ne faut donc pas tromper la population. 

Comme vous pouvez le constater, les prévenus dans l'affaire d'empoisonnement et de tentative de Coup d'Etat ne sont toujours pas libres de leurs mouvements malgré la solennité de la décision du Président de la République.

Ce à quoi nous allons probablement assisté les jours prochains est qu’à l’audience de la Chambre d’accusation autrement constituée, le ministère public qui est initiateur de la procédure informe de son désistement ou de l’abandon de la procédure. Dans cette hypothèse, nous aurons un arrêt de la Chambre d’accusation qui ira dans ce sens si entre temps, les parties ayant été inculpées ne demandent pas à leur tour la  poursuite de la procédure.

De toutes les façons, ce qui restera dans cette affaire et qui permettra de libérer les personnes en détention serait les ordonnances de non-lieu rendues par le juge Angelo HOUSSOU. Une manière de dire que dans cette affaire, ce sont les ordonnances du juge Angelo HOUSSOU qui  resteront celles  qui ont dit le droit dans cette affaire.

Il est donc souhaité qu’on sorte de nos prisons, les prévenus qui sont toujours en détention préventive dans ces affaires que la justice béninoise continue de déclarer qu’elles ne peuvent pas donner lieu  à poursuite, en tout cas au Bénin.

Faillite du président à ses obligations

Ce qui se passe au Bénin est inacceptable car on s’amuse avec la vie des personnes détenues alors même que l’article 8 de la Constitution du 11 décembre 1990 dispose que « - La personne humaine est sacrée et inviolable. L’Etat a l’obligation absolue de la respecter et de la protéger. Il lui garantit un plein épanouissement. A cet effet, il assure à ses citoyens l’égal accès à la santé, à l’éducation, à la culture, à l’information, à la formation professionnelle et à l’emploi ».

Comment admettre que le Président de la République qui a l’obligation absolue de respecter et de protéger la personne humaine après avoir admis que le ministère public exerce toutes les voies de recours en sa possession pour le maintien des citoyens béninois en prison se lève maintenant et seulement maintenant pour accorder un supposé pardon alors même que le processus de médiation évoqué par lui pour justifier ce comportement a démarré depuis janvier 2014 soit près de 5 mois plus tard ?

C’est tout simplement triste pour les citoyens que nous sommes …


Serge PRINCE AGBODJAN
Juriste

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Le pardon inévitable de YAYI BONI*

16 Mai 2014 , Rédigé par ibe_master Publié dans #Actualités

Et si le pardon de YAYI BONI préparait 2016 *...

 

Si vous avez été surpris par la sortie non-lieu de Yayi Boni, vous avez manqué de flair politique. Ce pardon était inévitable comme le printemps après l’hiver. L’avis de la cour suprême a ouvert la porte au spectacle macabre organisé sur la chaine nationale où l’ami pardonne à l’ami sous prétexte d’une médiation internationale. Les amis sont de retour, le duo fétiche se constitue : haro le peuple, quidam la nation. « Quand on a brisé des vies, détourné l’énergie de toute une nation vers des futilités, des prières hypocrites et des marches pré payées, saboté des entreprises nationales, ridiculisé la Nation, on peut bien finir par pardonner » : tout ça pour rien.

Le discours du Président Yayi Boni est un discours incomplet, un discours qui manque d’audace, qui manque d’humilité. L’heure est bonne pour dire certaines vérités. La base fausse sur laquelle on vivait a croulé et il faut chercher un sol ferme pour bâtir solidement. La flèche empoisonnée est toujours dans la plaie, le poison fera son œuvre. Les vraies victimes de cette affaire, de cette mafia qui a vidé l’intelligence béninoise de sa sève, qui a ridiculisé l’orgueil béninois sont délibérément oubliées. Tout porte à croire que le Bénin se résume à deux personnes : Yayi Boni et Patrice Talon. Les blessures profondes infligées au peuple sont encore saignantes. Le discours devrait être un discours de réconciliation d’abord avec un peuple meurtri qui est la vraie victime. En coffrant une fois encore le peuple, Yayi Boni prouve qu’il méprend la bonne température du pays. Il fait confiance à l’amnésie légendaire du peuple béninois. Un peuple qui accepte n’importe quoi et n’importe qui ; un peuple qui se contente de peu, de très peu. Il oublie sa violence verbale envers le peuple et la classe politique. C’était toutes les différentes cellules du pays qu’il fallait reconstruire, boucher les trous creusés dans le drapeau national. Aussi les propos belliqueux appelant « les siens » à se tenir prêts à affronter « les autres » et sa volonté de bondir sur la classe politique exigeaient-ils un pardon solennel.

L’intérêt du pays demande-t-il le pardon du parjure et de la violence ?

On peut aussi s’interroger sur le sens à donner à ce pardon.

Ce pardon ne libère pas le peuple du séisme financier dont il est victime par la faute d’une affaire imaginaire. Connaissant le passé tumultueux de ces deux hommes, on peut logiquement se demander s’il ne s’agit pas d’un pardon pour 2016 ou un autre guet-apens qui se dessine allègrement. En attendant, si cette décision pourra apaiser la tension sociale, libérer des énergies positives, permettre la libre circulation des personnes, ce serait salutaire pour le pays. Au-delà du côté politique et de l’effritement du patriotisme, le fardeau financier de cette crise est énorme. Qui paiera la facture salée de cette rocambolesque affaire qui a plongé le Bénin dans un coma économique nécessitant de bouche-à-bouche urgent ? Voilà une question claire comme l’eau de roche.

Jules Djossou

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Le Bénin n'a ni pétrole ni Uranium mais le bénin a Dieu !

10 Mai 2014 , Rédigé par ibe_master Publié dans #Actualités

Le Bénin n'a ni Pétrole ni Uranium mais il a Dieu ...
(Par Roger Gbégnonvi)
 
parfaite-copie-1.jpgCher fiston, je ne doute pas que tout va bien pour toi à Seattle où, si j’en crois ta bonne humeur, tu brilles comme une black star. Tant mieux pour l’espèce dont tu es un échantillon jeté au vent étasunien. Dans ta dernière lettre, tu nous prends gentiment en pitié à cause de nos problèmes de peuplade sans eau courante en continu ni électricité en permanence. Mais tout n’est pas aussi sec et noir, crois-moi. A la vérité, il y a de l’espoir et même beaucoup d’espoir à cause d’un avènement (pas événement) unique au monde, qui se déroule chez nous depuis quelque temps et dont je vais te parler maintenant.

 

Les Etats-Unis ne s’intéressent qu’á ce qui menace ou renforce leur sécurité, sinon leurs media t’auraient déjà informé que dans ton pays natal Dieu Esprit-Saint s’est incarné en la personne d’une jeune fille qui a vingt-deux ans aujourd’hui. Je l’ai vue sur des photos et sur des DVD et, crois-moi, ce n’est pas n’importe-quoi. Ni virago ni garçon manqué. C’est une demoiselle tout à fait bien de sa personne, teint noir, plutôt grande, potelée juste ce qu’il faut. Quelque chose me dit d’ailleurs qu’elle doit avoir des fossettes ravissantes quand elle sourit. En tout cas, d’après ce qu’on me dit, les foules accourent, et je les comprends : pour une fois que Dieu n’est pas un vieillard barbu mais une jeune fille charmante, les gens sont nombreux à ne pas bouder leur plaisir. Les habituels fonctionnaires de Dieu sont ébranlés, mais ça leur passera, l’homme est un animal qui s’habitue à toutes les histoires qui durent.

 

 A leur manière les abbés ont préparé le terrain à l’incarnation de Dieu Esprit-Saint au Bénin. Tu étais encore là quand, dans les églises du sud, et notamment dans celles de Cotonou, les images de Jésus et de Marie pleuraient des larmes de sang et se voyaient mises sous vitre et proposées à la vénération des fidèles, et que de jeunes prêtres, dans le Littoral-Atlantique et dans le Mono-Kufo, se métamorphosaient en exorcistes et couraient après les démons pour les empêcher de manger les âmes. Et pendant ce temps, calme plat à Parakou. Dans la bourgade de ta mère à Kilibo, calme plus plat encore, car dès qu’on s’éloigne du port et de l’aéroport, les images pieuses ne se mettent plus en scène, et les démons ne se produisent plus en masse, sentant bien que les gens prêts à payer pour le spectacle se recrutent plutôt là où Mammon siège. Cette appréciation doit pourtant être nuancée, car chez les protestants et les musulmans, même au bord de la mer, il n’y a jamais grand-chose pour votre distraction. Mais ceux-là sont-ils de vrais croyants ? Comment peuvent-ils aller à Dieu sans passer par moult images en plâtre, pierre, bois ou métal ? De la terre au ciel, les idoles ne sont-elles pas notre échelle de Jacob ? Et voilà qu’au bout des larmes de sang et des exorcismes, le catholicisme triomphe à Banamê. Et tu me vois tout ému à l’idée qu’Elles ne sont plus que deux au Paradis parce que la troisième Personne est à Banamê. Chez nous. 

 

Banamê ne te dit peut-être rien. C’est un petit village perdu dans le Zou. Si petit qu’il ne figure pas sur les cartes du Bénin. Au temps où Jésus y est né, Bethléem aussi n’aurait figuré sur aucune carte de Palestine, s’il y eût des cartes. Or aujourd’hui, qui ne connaît pas Bethléem ? Et c’est ce qui va nous arriver, crois-moi. Désireux de voir Dieu Esprit-Saint, les foules débarqueront à l’aéroport de Cotonou avec plein de devises qu’elles déverseront sur notre sol pour que prospèrent le tourisme et l’hôtellerie. On n’a ni pétrole ni uranium, mais on a Dieu. La demoiselle, qui a entamé la fabuleuse métempsychose à l’âge de dix-huit ans, est appelée adorablement Daagbo, Père-Grand. Auparavant, elle s’appelait Parfaite. Je n’ai donc pas eu besoin cette fois-ci de longtemps chercher pour trouver que, au Bénin, Dieu n’est plus parfait mais Parfaite. Pour son bien-être ou pour celui des populations ?
Porte-toi bien fiston, et porte toujours ton vieux père dans ton cœur.

 

(Par Roger Gbégnonvi)

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Et si tous les Directeurs généraux du Bénin allaient en prison...

6 Mai 2014 , Rédigé par ibe_master Publié dans #Actualités

Lors de l’installation officielle de Monsieur Dagnon comme conseiller spécial à la gouvernance des entreprises et offices d’Etat, j’ai entendu le Président de la République, Docteur Yayi Boni dire: «les résultats des audits dans les entreprises publiques sont si alarmants que si on doit en tenir compte, tous (les Directeurs généraux) iraient en prison». 

Face à cette déclaration grave, aucun Directeur général n’a osé se défendre et ‘’se laver’’ publiquement. C’est cela le Bénin, l’ex-quartier latin de l’Afrique qui s’enfonce chaque jour que Dieu fait et ce, depuis l’avènement du Renouveau démocratique et spécialement depuis 2006 pour être plus précis. En effet, si de grandes résolutions sont sorties de l’historique Conférences Nationale de février 1990, la plu grande erreur des ‘’géniteurs’’ du Renouveau Démocratique, c’est la revalorisation de la fonction politique au détriment des fonctions «productrices» de ressources pour le développement de notre cher pays. Ainsi, un petit fonctionnaire reconverti à la politique peut gagner aujourd’hui jusqu’à cent fois le salaire d’un ouvrier d’usine ou d’un enseignant communautaire. Ce qui fait que ce qui marche encore au Bénin du Renouveau démocratique et pour être plus précis, au Bénin du changement, de l’émergence et de la refondation, c’est bel et bien la fonction politique. La situation est si grave que toute l’administration publique est aujourd’hui très fortement politisée. Au lieu d’être au service du développement, l’administration publique s’est transformée en instrument au service des politiciens. Ajouté à la corruption galopante qui ronge l’économie du pays depuis plusieurs décennies, la mauvaise gouvernance risque de plonger le pays dans l’abime si rien n’est fait pour désamorcer ‘’la bombe’’. Pour ce faire, l’arrivée de notre concitoyen Michel Dognon, éminent expert en gouvernance aux Etats-Unis ne pourra rien contre le fléau de la mauvaise gouvernance si, comme préalable, l’administration n’est pas dépolitisée. Parce que le mal des entreprises publiques n’est pas lié seulement à l’absence de manuels de procédures et autres instruments de bonne gouvernance. Pour faciliter la tâche à ‘’Mister Dognon’’, le gouvernement doit mettre des entreprises publiques des techniciens et non des politiciens. Commencer d’abord par dépolitiser ces entreprises publiques et étendre la mesure à tous les secteurs publics: les ministères, les projets, les services de gestion des mairies etc.…. Il faut à chaque niveau distinguer le poste politique du poste technique. Si le Docteur Yayi Bonni veut vraiment marquer les deux ans qui lui restent, s’il veut vraiment changer l’image négative qui commence à se coller à notre pays, il devra vite agir pour «nettoyer» l’administration du virus politique avant qu’il ne soit trop tard.

Jean Baptiste Houkonnou
Consultant en Gouvernance et en Communication

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Politique et argent au Bénin

1 Mai 2014 , Rédigé par ibe_master Publié dans #Actualités

Politique et argent au Bénin

29 avril 2014 par  

Si un éminent philosophe a pu écrire que l’homme pauvre possède un Dieu riche, on peut aussi bien dire à sa suite que les pays pauvres ont toujours des élites riches. Cela est particulièrement vrai des pays d’Afrique : qui ne voit pas qu’il y a dans nos pays, des gens qui vivent de l’oppression des autres  et ces autres qui sont malheureux à cause de cette oppression ? La vieille chanson Guélédé de mon enfance disait : okùsè ko jeun ko yo, apajiba ko sunbè, baba, ki seun rere.  Parce qu’il en est ainsi, notre pays est traversé de divisions qui sont à fleur de peau et qui sautent aux yeux du premier touriste venu, s’il prend le temps de s’intéresser à autre chose qu’au soleil, au Parc national de la Pendjari et à Ganvié. Ces divisions dessinent la géographie du pays, la sociologie des quartiers, la carte scolaire dans nos grandes villes et déterminent l’accès aux soins de santé pour ceux qui en ont besoin.

 

Aux esprits sceptiques qui seraient tentés de faire des gorges chaudes en lisant les lignes qui précèdent, on voudrait suggérer de se reporter à l’intéressante enquête, en douze pages, de Jeune Afrique sur les riches de nos pays. On est conduit, à longueur de pages, un peu comme à tâtons, pour éviter le vertige, à un…«voyage à l’intérieur du monde onirique des fortunes africaines». Du Maroc à l’Afrique du Sud en passant, entre autres pays, par l’Algérie, le Sénégal, la Côte-d’Ivoire, le Burkina-Faso, le Nigeria, le Gabon et le Cameroun, on y voit décrits, sur un mode plus léger que celui de ce texte, «les goûts et les fantaisies de ces heureux favoris de la fortune», vivant hors-sol, un peu comme en serre, insensibles aux intempéries sociales, et pour cela même, au mieux, indifférents, au pire, méprisants vis-à-vis du reste des  populations de ces pays. Une absence regrettable dans ce tableau : l’enquête ne parle pas du Bénin. Mais, toutes choses étant égales par ailleurs, cette absence du Bénin  dans l’enquête de Jeune Afrique a l’avantage de permettre à ceux qui le désirent, de reprendre sans extrapolation, un exercice du genre pour le Bénin et d’en tirer toutes les conséquences. On aimerait pour dissiper tout malentendu, préciser que les journalistes de Jeune Afrique dont certains sont bien établis, ne sont ni des anarchistes ni surtout des révolutionnaires. C’est pourtant eux qui nous suggèrent ainsi de porter un regard, pour le moins circonspect, sur nos riches d’Afrique. Au demeurant, ce sont les acteurs politiques de nos pays eux-mêmes qui ne cessent de se lancer par-dessus la tête des accusations infâmantes de malversations financières et de détournements de deniers publics. Pour mémoire, il suffit de rappeler qu’une des premières mesures législatives du président Abdou Diouf accédant au pouvoir en 1981, après Senghor, concernait la répression de l’enrichissement illicite, ce qui était sa manière à lui de tuer le père Senghor une fois pour toutes et de tenir en respect, les autres enfants qui  étaient tentés de lui disputer l’héritage. Abdoulaye Wade va reconduire la même mesure législative, 19 ans plus tard avec la même intention de se débarrasser de ceux qui seraient tentés de lui disputer le pouvoir. Après son départ du pouvoir, son propre fils, Karim Wade, va être mis en prison au motif d’avoir profité des deux mandats de son père à la tête du pays, pour s’enrichir illicitement. Marx écrit quelque part que lorsqu’on joue du violon au sommet, il ne faut pas s’étonner que les gens d’en bas esquissent des pas de danse. Symptomatiques de cette contagion de la société par le rapport problématique à l’argent, au sommet de l’État sénégalais, Le mandat de Sembène Ousmane et cette expression désabusée de l’auteur selon qui, l’honnêteté est un vice de nos jours.

Ce texte est un effort maladroit pour essayer de dire ce qu’il en est de l’argent et de la politique dans notre pays et d’apporter un début de réponse à cette question qui me taraude l’esprit, ces temps derniers, à savoir : qu’avons-nous fait au Dahomey-Bénin de notre indépendance? Sa thèse centrale consiste à soutenir que le besoin d’enrichissement qui est surtout le propre des élites ne passe pas par la médiation du travail, la seule qui aurait pu permettre, en même temps que ces élites s’enrichissent, d’enrichir aussi le pays. Comme ce n’est pas le cas, nous vivons dans un pays officiellement pauvre mais dans lequel des élites paradoxalement riches ont des moyens que beaucoup de gens aisés des pays dits riches ne peuvent que leur envier. Nous sommes les habitants d’un pays pauvre dont les élites prennent leurs vacances à Paris, à New York, à Londres, à Montréal, à Dubaï…, et y font leur shopping. Pendant ce temps, le prix prohibitif du litre d’essence à la pompe empêche même ceux qui ont des voitures et qui n’ont pas les fameux «bons d’essence» d’aller de Cotonou à Parakou. Il faut bien pouvoir trouver une explication à ce décalage persistant entre riches et pauvres dans notre pays.

Les riches de chez nous eux-mêmes, lorsqu’on prend la peine de les écouter, parlent souvent comme s’ils devaient leurs richesses à des dons naturels ou à leurs mérites personnels : l’argent qui tombe du ciel ou tout simplement, l’esquisse d’un principe de sélection naturelle à la béninoise, en somme. Si, par la suite, chacun, surtout en milieu adja-fon, peut répéter à l’envi, Dàn dò n’ì, pour justifier le fait d’être riche, chacun, riche ou pauvre, répète ainsi une justification qui a été élaborée préalablement dans les milieux riches. Ce type d’explication n’a qu’une seule fonction : complexer ceux, toujours plus nombreux parmi nous, qui aimeraient être aussi dans les bonnes grâces de Dàn mais qui n’y parviennent pas. Au surplus, cette façon de justifier la richesse aura pour effet de les installer dans une espèce de mauvaise conscience qui comme on sait, est toujours génératrice de paralysie et d’impuissance. Celles-ci, dans une sorte d’enchaînement funeste, vont à leur tour les installer dans la rancœur, l’aigreur et le ressentiment qui font le lit de la sorcellerie et de la course aux différents artefacts ().

 

Pourtant, les peuples de chez nous n’acquiescent qu’à moitié à ce type d’explication aux effets pervers considérables, puisqu’ils distinguent plusieurs formes d’argent, donc plusieurs mécanismes d’enrichissement : owò jìbìtì, owò lukùdi en yorùba, axìzì kwè en fon, indiquant par là, l’origine plus ou moins frauduleuse de certains enrichissements. Certaines de nos commerçantes veillent particulièrement à ce que l’argent qu’elles estiment avoir honnêtement gagné et, pour ainsi dire, à la sueur de leur front, ne soit pas contaminé par l’argent d’origine frauduleuse. L’argent fait donc l’objet d’une classification, une classification qui rend problématique le statut de certains enrichissements, pour ne pas dire le statut de la richesse en général dans notre pays. C’est, en effet, dans le même pays où on peut dire allègrement Dàn dò n’ì qu’on chante aussi : àkwè nò dé ma d’àkwè tòn, wamònò mé vo. Yatònò é zin dò dò bò dò jè dokùn.

 

 

 

C’est dire que la question de l’origine de la richesse fait l’objet, chez nous, d’un discours contradictoire. Cette contradiction a toutefois une fonction épistémologique, explicative. Elle est même doublement féconde : elle permet de lire les divisions de la société et les conflictualités qui la travaillent. Elle témoigne des efforts entrepris, en son sein, pour donner un sens aussi bien à la richesse qu’à la pauvreté. Mais elle est aussi l’indice du fait qu’à l’intérieur de la société, des forces opposées sont à l’œuvre, les unes pour maintenir et perpétuer les inégalités sociales, les autres pour en réduire le champ. Cette contradiction n’est donc pas seulement d’ordre intellectuel, purement spéculatif.  Elle est autant sociale que politique. Certes, l’argent prend la forme d’un objet, d’une chose sacralisée5 mais les rapports que les hommes entretiennent avec cet objet-fétiche sont toujours l’expression des rapports qu’ils entretiennent les uns avec les autres. Ce sont ces rapports que tente de masquer l’expression : Dàn dò n’i. Ce sont ces mêmes rapports que tente de mettre à nu, l’expression : àkwè nò dé ma  d’àkwè tòn wamònò mè vò. L’argent est donc, pour tout dire, un fait social. Autant certaines commerçantes procèdent à des classifications, répartissent l’argent en fonction de la manière dont il a été acquis, autant l’argent paie bien en retour ces commerçantes puisqu’il les classe aussi en fonction de son volume dans leurs sacs, comme il assigne à chacun de nous, une place spécifique sur l’échiquier social. Il est, dans notre pays, le critère par excellence de classement des individus, de la distinction6 : il structure les relations hommes-femmes, détourne certains clercs de leur vocation et détermine la capacité de nos femmes et de nos hommes politiques. Le classement auquel l’argent donne lieu dans notre pays et les nominations qui l’accompagnent, àkwè nò, wamamònò, gbajùmò (igba ojù mò), ne sont pas des indices, parmi d’autres, de la lutte des classes. Ils sont les expressions mêmes de cette lutte qui, selon certains, n’existerait pas dans  notre pays. Ainsi, les classes, au Bénin, sont comme le diable dans le Spleen de Paris : leur ruse est de nous faire croire qu’elles n’existent pas. D’où ces formes de «camaraderie horizontale» qui se nouent autour du clan, du village, de la région, de la tribu, qui permettent ainsi de masquer les violences de fait, à l’intérieur de la société, et empêchent toute interrogation sur la légitimité des hiérarchies qui la structurent, faisant, in fine, de  nos populations, les éternelles obligées des notables qui n’ont cure d’abuser de leur confiance. Ce qui revient à dire qu’une véritable analyse de classe de nos sociétés, dont toute politique démocratique doit pouvoir tirer les conséquences, reste encore à faire.

On voudrait seulement ici poser les linéaments de cette analyse à venir, en examinant de plus près les relations hommes-femmes, la relation que la religion entretient avec la politique, chez nous, à l’aune de l’argent.

 

Le chansonnier aura beau chanter : «Assiba, tu m’as quitté…, l’amour ne s’achète pas», il sait bien que c’est l’argent qui l’a constitué en époux d’Assiba et que, c’est bien à cause de l’usage qu’ils en ont fait, Assiba et lui, que leur mariage a tourné court,  même si dans un pays comme le nôtre où les préjugés du patriarcat sont toujours tenaces, l’échec du mariage relève de la faute d’Assiba et d’Assiba seule. Ce qui  autorise le chansonnier à nous servir la mise en garde suivante : Yégé, nòvi cè lè mi, mi ma xwè dó ny6nù din ò. C’est que, malgré les apparences, l’argent est au cœur des relations hommes-femmes dans notre pays.  Il est la clé de voûte du système d’oppression des femmes, l’instrument de chantage qui permet de transformer certaines filles du peuple en monnaie d’échange.

On ne viendra pas à bout d’un tel système par la fausse politique de parité, une des nouvelles trouvailles de l’actuel chef de l’État qui laisse intactes les bases matérielles et psychologiques du patriarcat et qui permettra, au mieux, de promouvoir quelques femmes qui étaient déjà confortablement installées, par mariage ou par allégeances de toutes sortes, dans les cercles du pouvoir ou dans son antichambre. Les chauffeurs qui conduisent nos élites, les gardiens de nuit, les filles qui viennent de nos villages du fait de l’exode rural et qui servent de bonnes à tout faire à Cotonou, les femmes des milieux populaires qui accouchent dans nos maternités et qui ne sont pas du nombre de celles qu’on appelle, en prenant mille précautions, Maman ou Tantie, connaissent bien ces femmes qui ne sont pas toujours plus tendres à leur égard que leurs homologues masculins. Ainsi, le slogan vite abandonné de Yayi Boni : «Les femmes au pouvoir !», ressemble un peu au célèbre : « Ça va changer, ça doit changer !» qui l’a mené au pouvoir. On a envie de s’exclamer : quel paradis en perspective !

Mais il ne faut pas céder à cette tentation. Toutes les personnes qui ont à cœur le devenir des filles et des femmes du peuple dans notre pays et qui savent qu’on peut utiliser certaines d’entre elles comme butte-témoin, comme des alibis commodes pour masquer l’immense détresse de l’ensemble des filles et des femmes dans le pays, doivent éviter soigneusement d’apporter leur caution à ce slogan, porteur d’illusions, illusions qu’elles perdront aussi vite qu’elles y auront prêté foi. Parce que, même si ce slogan bénéficie d’un puissant effet de mode et justement à cause de cela, il n’a rien de subversif. Pour qu’il soit investi de ce potentiel de subversion, il aurait fallu qu’il cesse d’abord d’être un slogan, puis qu’il s’inscrive dans une politique de lutte systématique contre les différentes poches de privilèges dans notre pays.

Cette lutte contre les privilèges aura pour effet  de rétablir l’égalité entre les citoyens et de mettre chacun d’eux, homme ou femme, à égale distance de l’État. Après cela, on pourra parler, sans démagogie, de parité entre hommes et femmes en politique.

Pour prendre un exemple éclairant parmi bien d’autres : tant qu’il y aura dans notre pays de «bonnes» écoles privées pour les héritières et les héritiers qui vont parachever leurs formations dans les grandes universités européennes  ou américaines, et une mauvaise école publique, avec le boulet des nouveaux programmes d’études ( NPE) pour beaucoup de filles et de garçons du peuple qui en sortent illettrés, le slogan de la parité ne sera qu’une tentative de diversion : il aura peut-être le «mérite», s’il est appliqué, de mettre les héritières et les héritiers à égalité au sommet de l’État.

Sur ce point au moins, il faut donner raison au chef de l’État, lui qui n’a de cesse de vouloir donner des gages de fidélité à ses prédécesseurs et qui, pour cela, a dû faire entrer, à un moment donné, leurs héritiers au gouvernement. Il serait temps de faire un peu de place aux héritières. C’est une bonne chose que le chef de l’État s’en soit préoccupé et qu’il nous l’ait fait savoir.

 

Mais revenons à la question de l’argent. Il n’y a pas jusqu’aux églises qui ne soient prises dans les rets de la toile d’araignée de l’argent. 

Saint Paul, le fondateur du christianisme, recommandait aux chrétiens de ne pas se conformer au monde actuel et de vivre en paroisse comme s’ils étaient en séjour, nécessairement provisoire dans le monde qu’ils sont appelés à transformer, en se transformant d’abord eux-mêmes. Mais l’attachement au monde prend à ce point le dessus que bon nombre de pagano-chrétiens de chez nous qui voudraient que le pays change ne sont pas prêts à se changer d’abord eux-mêmes.

Arc-boutés sur leurs maisons, leurs voitures, sur quelques arpents de terre,  sur le pouvoir qui donne et garantit la richesse, en somme sur ces petits riens, bien ou mal acquis, ils ne veulent justement céder sur rien. La moindre égratignure portée contre ces petites choses auxquelles ils s’identifient et qu’ils sont prêts à défendre, bec et ongles, est vécue comme une atteinte à leur vie. On aurait pu croire que ces chrétiens possèdent ces biens. Non. Ce sont ces biens qui les possèdent. Nous sommes, quoi qu’en pensent nos pagano-chrétiens, en pleine idolâtrie.

 

 

Voilà, à grands traits, l’état d’esprit qui prévaut chez bon nombre de nos compatriotes, pagano-chrétiens ou non, surtout s’ils sont petit-bourgeois et qu’ils sont, de surcroît, passés « du col mao au rotary» ou aux nouvelles églises et sociétés secrètes qui font florès dans notre pays, en renonçant, une fois pour toutes, à faire la révolution qui, contrairement aux idées reçues, n’a pas encore eu lieu chez nous.

Non pas qu’il y ait une incompatibilité absolue entre ces nouvelles appartenances et la révolution. L’indifférence au pouvoir, l’indépendance face aux pouvoirs de toutes sortes,  sans lesquelles il n’y a pas de génie, sont les thèmes majeurs de La flûte enchantée de Mozart qui fut, semble-t-il, un grand franc-maçon.

Les différentes formes de protestantisme qui jouèrent un rôle déterminant dans la modernité européenne deviennent méconnaissables dès qu’elles sont transposées dans notre pays. Il est vrai qu’entre ces protestantismes originels (celui de Luther qui, selon le mot de Henri Heine, créa d’un coup la langue et la culture allemandes ; celui de Calvin) et nous, il y a d’abord le colonialisme qui a instrumentalisé les religions chrétiennes à des fins d’oppression, mais il y a aussi le détour, le passage par l’Amérique du nord et surtout le capitalisme qui ont transformé une religion qui pouvait apparaître, hier encore, comme dynamique en un simple produit de consommation.

 

C’est dans cette ambiance générale qu’est intervenu, à la suite de beaucoup d’autres, le scandale dit de l’ICC-Services et Consorts. Ce type de scandale est monnaie courante dans le monde depuis quelques années : Madoff aux États-Unis d’Amérique, Lacroix au Québec, les coopératives en Haïti, les maisons de placement ou «banques volantes» en Côte-d’Ivoire. Dans ce dernier cas, les acteurs et le mode opératoire sont les mêmes qu’au Bénin : des responsables politiques qui semblent avoir fermé les  yeux, des épargnants et des pasteurs que leurs victimes ont pris pour des «hommes de Dieu». D’où la tendance à la banalisation de ce qui est arrivé chez nous. Cette tendance a été surtout perceptible dans certaines déclarations de l’Inspecteur général d’État au moment dudit scandale. On voudrait rappeler à son attention que comparaison n’est pas raison.  La nécessaire comparaison avec ce qui se passe ailleurs ne doit pas masquer la spécificité de ce qui est arrivé dans notre pays.

Il y a déjà eu dans l’histoire, des prophètes complaisants vis-à-vis des pouvoirs établis et qui, au lieu de prévenir leurs peuples des malheurs à venir, les ont précipités dans l’abîme. Mais de là à ce que des gens qui se présentent comme des pasteurs et qui sont suivis comme tels par leurs brebis, succombent à l’esprit des affaires triomphant dans le pays, et ce, en connivence avec certaines sphères du pouvoir qui ont estampillé leurs activités du sceau de la légalité, on n’aura  pas eu le temps d’y penser. Ce sont pourtant des pasteurs qui, dans cette affaire, ont surpris des brebis passablement dévotes, une première fois, en leur promettant plus qu’elles n’espéraient et une deuxième fois, en ne tenant pas leurs promesses. Ce sont des pasteurs qui ont organisé de propos délibéré et en toute bonne conscience, cette vaste escroquerie dite de l’ICC-Services et Consort pour se constituer une solide base de classe au détriment de la communauté des croyants qu’ils sont censés protéger. Ainsi, chez nous, on peut, contrairement au précepte évangélique, servir deux maîtres à la fois et on les sert allègrement : On peut y  faire de bonnes affaires et gagner le ciel.

 

 Toutefois, à y regarder de près, ces pasteurs ne sont que des boucs émissaires qu’on livre en pâture à l’opinion publique. Je ne sais plus quel Général d’armée a dit que chaque fois qu’il était confronté à un début d’incendie, il «faisait sauter une dynamite». La dynamite, dans son souffle, éteignait l’incendie. C’est ainsi qu’on fait aussi chez nous : faire sauter des fusibles pour protéger le système. Nos élites militaires et civiles sont coutumières du fait. Les différents coups d’État qui ont ponctué l’histoire politique du pays, de 1960 à 1972, faisaient le même effet que la dynamite du Général. Il s’agissait d’abord d’éteindre un début d’incendie. L’écran de fumée qui accompagnait, chaque fois l’explosion, nous brouillait la vue. En 1972, le chef de bataillon, Mathieu Kérékou, avait affiché son intention de mettre un terme à l’injustice dans notre pays : «Je gagne quinze francs, disait-il. C’est ma solde et elle me suffit. Je veux seulement que tu saches qu’il y a eu dans ce pays, trois hommes, trois politiciens qui gagnaient chacun inutilement vingt-cinq francs. Désormais et à compter du vingt-six octobre 1972, les soixante-quinze francs resteront dans les caisses de l’État. ». Nous y avons cru  et nous l’avons, pour cela, soutenu malgré toutes les ambigüités de son discours et même si les plus clairvoyants parmi nous, n’ont pas cessé de nous mettre en garde : à une période de relâchement relatif des libertés démocratiques, disaient-ils, allait succéder une période de fascisation du régime. Cela ne tarda pas à venir. Après une « drôle de guerre» qui dura du 26 octobre 1972 au mois d’avril 1974, le pouvoir appuyé en cela,  par certains transfuges de la Jeunesse unie anti-impérialiste du Dahomey (JUD) prit les premières grandes mesures liberticides de notre histoire. Nous n’en connaissons que trop bien la suite : le marabout Mohamed Cissé qui a trouvé des points d’ancrage dans des pratiques qui avaient déjà cours avant lui, au sein de la Banque commerciale du Bénin ( BCB) et dans la vénalité de certains de nos cadres, n’a pas pu se contenter des soixante-quinze francs du Conseil présidentiel. Le président Mathieu Kérékou voulait liquider l’ancienne politique ! Comment pouvait-il le faire en privant le pays et en se privant lui-même de toute lumière, en réprimant férocement tout esprit critique qui aurait pu lui permettre de voir clair et nous avec lui? C’est pourtant ce qu’il fit.  

L’ histoire autant que la coutume que nous venons de rappeler devraient nous inciter à nous méfier des écrans de fumée, en ce qui concerne nos pasteurs et leur implication réelle dans le scandale dit de l’ICC-Service et consorts : au bout du compte, ces pasteurs apparaissent davantage comme de bons élèves, appliquant scrupuleusement les leçons qu’ils ont apprises à l’école de nos élites politiques, élites qu’ils fréquentent assidûment et dont ils prétendent assurer la protection et l’invincibilité à coup de récitation de psaumes, de postillons et d’eau bénite. On est tenté de dire : pour si peu ! Toujours est-il que, armées de ces boucliers de l’invincibilité, les psaumes que certains savent à peine murmurer, mais surtout les postillons des pasteurs ainsi que l’eau bénite davantage porteuse de germes qu’on ne le soupçonne, nos élites politiques qui jurent leur grand Dieu, d’avoir tourné le dos à la prétendue idolâtrie de nos traditions, se sentent à l’abri de tout mauvais œil pour organiser, en toute impunité, la grande braderie des ressources du pays.

Nous sommes en présence d’un échange classique de bons procédés : des élites qui vivent, en permanence, dans l’âge de la peur, malgré ou à cause de toute l’armada et de l’arsenal de textes juridiques dont elles disposent pour étouffer toute velléité de révolte dans le pays, laissent les coudées franches, au prix de quelques intentions de prière et de quelques étrennes sonnantes et trébuchantes, à des pasteurs qui ont renoncé à leur vocation pour dépouiller les populations de leurs petites économies.  Toutefois, ce qui est en jeu dans le scandale de ICC-Service et Consort dépasse les petites économies. On aimerait savoir un jour qui sont les gros épargnants de l’affaire et où ils ont puisé les épargnes qu’ils ont déposées dans les structures de l’ICC- service.

        Ces pasteurs constituent la face inversée de nos élites politiques. C’est pourquoi, il faut refuser de les isoler les uns des autres, si l’on veut bien comprendre ce qui s’est joué dans ce scandale. Le plus étonnant, c’est que les uns et les autres sont convaincus d’être sous la protection du Dieu qu’ils prétendent servir et dont ils auraient entendu la voix… Il est vrai qu’il y a là, -entendre la voix de Dieu ou de ses anges-,  tout un bonheur et un privilège qu’on ne peut que leur envier, mais ces élites politiques et leurs pasteurs devraient prendre garde : même s’il est écrit qu’il ne dort ni ne sommeille, le Gardien d’Israël, il y a toujours un danger à se prendre pour le nazir de Dieu. Samson, celui qui croyait à la vertu des cheveux longs, l’avait appris à ses propres dépens.

 

       Pour le moment, ce qui fait la force de toutes nos élites, de tous ces pasteurs ainsi que d’autres, c’est moins la présence de Dieu qui les accompagne que la crédulité de nos populations, cette foi naïve que nous mettons dans les capacités de ces élites à nous aider à changer la vie, notre vie.  Cette foi naïve nourrit et entretient la domination qu’exercent nos élites sur nos populations.  C’est pourquoi elle est aussi nourrie et entretenue par nos élites. L’illustration la plus frappante de cette crédulité et du fait que ces élites en tirent profit, c’est qu’on s’apprête, dans deux ans,  à nous rejouer le coup. En 2016, nous serons appelés à choisir les mêmes, dans un camp ou dans l’autre, pour continuer à faire les mêmes choses.

           Les mêmes choses ? Oui, en effet. Il suffit de réactiver deux ou trois slogans pris, au hasard, dans notre histoire, pour s’en  convaincre. On voudrait, pour cela, rappeler à l’attention  des jeunes  générations, que l’Union Démocratique Dahoméenne (UDD-RDA) est née en  1955, à Atchoukpa, avec  le slogan «Il faut que ça change !». Puis, l’UDD-RDA qui était de  loin, le  parti le  plus progressiste de l’époque, a fini par s’adapter au statu quo régionaliste, idéologie encore largement dominante, dans notre pays, aujourd’hui. Le «vrai démocrate» nous a promis, en 1968, le renouveau avec son Union pour le Renouveau du Dahomey (URD). En  fait de renouveau, nous aurons eu droit à une véritable chasse à courre dans les rues de Cotonou et à une confiscation de toutes les  libertés démocratiques dans le pays. Maga et le Conseil présidentiel nous ont promis « le papillon tricolore, symbole d’une véritable aube nouvelle » et nous avons eu droit à « une  bienheureuse anarchie » au sommet de l’Etat avec son lot de scandales financiers. L’actuel renouveau démocratique lui-même aura tout juste fait l’effet d’une aubaine, une mine de fortune pour quelques-uns : la fameuse prime à la démocratie aura plutôt contribué à vicier ce qu’il s’agissait de promouvoir, avec son cortège d’ONG, par-ci, d’ONG par-là…et de « petits projets » mis en chantier sans cohérence les uns avec les autres. Jaurès disait que quand on ne peut pas changer les choses, on change les mots.  Chez nous,  les slogans changent pour que rien ne change. Ainsi, plongés  dans une ambiance d’attente permanente, nos peuples sont régulièrement récompensés en monnaie de singe.

Où a-t-on jamais vu un pays se développer à coups d’ONG et de « petits projets » ?  Où a-t-on jamais vu un pays compter sur la prodigalité de l’extérieur pour se développer ? L’Espagne enfoncée aujourd’hui dans une crise profonde fait les frais de l’illusion d’être riche du fait des investissements étrangers pour ne rien dire de la Grèce et surtout, sur notre continent, du Mozambique cité depuis peu en exemple par les fameux bailleurs de fonds. Chez nous aussi, l’argent qui vient massivement de l’extérieur a toujours été et reste une fausse monnaie14 plutôt dédiée à satisfaire ce qu’un grand penseur haïtien, Jean Price-Mars, a appelé le bovarysme de nos élites. C’est aussi de l’argent qui retourne par toutes sortes de canaux à sa source. En tout cas, pour le peuple, le bilan de toute cette agitation du renouveau démocratique est si ténu qu’on  ne peut que rétrospectivement donner raison, même si on ne partage pas ses attendus implicites, à Me  Robert Dossou qui dans un accès de colère, aurait déclaré dès 1990 que la Conférence nationale était un coup d’État civil. Nous sommes donc aujourd’hui aux prises avec le lot de désillusions qui a, de tout temps, accompagné les coups d’État dans notre pays. Comment peut-on  faire confiance à des gens qui nous ont toujours trompés par de fausses promesses et qui ont surtout intérêt, à continuer de nous tromper ?

De ce que, pour emprunter une expression de Rabelais, il faut se résoudre à appeler le tourniquet des fausses promesses, il va falloir essayer, un jour, de se sortir. Mais comment ? Et à quelles conditions ? À condition de commencer ici et maintenant, sans faux-fuyants, à comprendre que le véritable enjeu de la démocratie, dans notre pays, n’est pas d’abord un enjeu politique. Il est encore moins économique. Tant s’en faut. L’enjeu premier de la démocratie est d’ordre culturel : c’est celui des lumières que Kant définit comme la sortie de l’homme de l’état de minorité dans lequel il se maintient par sa propre faute.  Le mot d’ordre des lumières, c’est : ose penser par toi-même. Un tel mot d’ordre n’a rien de spécifiquement occidental. L’assignation à résidence des Lumières qui permet d’en faire un mouvement essentiellement européen ou occidental procède d’un tragique  malentendu. Qui ne voit pas que dans ce scandale de l’ICC-Service et Consorts comme dans beaucoup d’autres, c’est la faculté de juger de nos populations, -celle qui aurait pu leur permettre de distinguer le vrai du faux et d’échapper aux vendeurs d’illusion- qui a été prise en défaut. La faculté de juger de chacun est fondatrice de l’appartenance et de l’espace public eux-mêmes, dans une société démocratique. Il suffit de voir toutes les conséquences politiques et sociales de cette affaire de l’ICC- Service et Consorts pour s’en convaincre. Il est vrai aussi que le flot de la misère de nos populations monte tellement vite qu’elles sont tentées comme bien de nos élites de prendre des chemins de raccourci pour s’en sortir. Nous sommes ici en plein désir mimétique. Un désir mimétique qui entraîne un comportement mimétique dont l’effet a été déterminant dans le succès des affairistes de l’ICC- Service et Consorts. Comment  aider nos populations à sortir de ce mimétisme ? Comment rompre le charme que nos élites exercent sur nos populations ? Voilà les questions brûlantes auxquelles nous sommes confrontés dans notre pays aujourd’hui, celle de l’émancipation de nos populations du joug de nos élites : cette émancipation est d’abord auto-émancipation. D’abord parce que s’émanciper, c’est-à-dire s’arracher des mains de celui qui opprime ne peut se faire que par l’opprimé lui-même. Ensuite, parce qu’il n’y a plus de Messie dans notre pays si par Messie (Mashiah), il faut entendre le guerrier qui meurt au combat. Tous nos adjuvants, à l’exception notable de quelques-uns, sont morts au pouvoir. Le PRPB a été leur tombeau. Ceux qui, parmi nos élites, ont conservé la fraîcheur de leur jeunesse, peuvent aider à initier et à accompagner nos populations sur le long chemin de l’émancipation. Jamais, ils ne feront le bonheur des populations à leur place. Notre conviction est que cette émancipation des populations de chez nous va exiger des réformes hardies dans tous les domaines mais prioritairement dans le système éducatif. Aucun de nos gouvernements ne semble s’être engagé sur ce chemin depuis 1960. On ne peut même pas dire que les nouveaux programmes d’études (NPE) nous en rapprochent. Est-il nécessaire de rappeler que ces nouveaux programmes trouvent leurs origines, leurs concepts et leurs modalités de mise en application dans les mutations survenues dans les pays occidentaux ces cinquante dernières années ? La notion de programme qui permettait au départ de donner une cohérence et une unité à la formation a perdu son sens originel. En réalité, il faut dire programmation, comme on dit en informatique pour bien rendre compte de ce dont il s’agit, avec tout ce que mot de programmation charrie de rigidité, une rigidité difficile à mettre en œuvre dans des sociétés encore «souples» comme les nôtres où l’imprévisibilité en toute chose reste largement dominante. L’obsession des compétences permet d’achever la transformation des enseignants et de l’école elle-même en de simples auxiliaires de l’entreprise capitaliste. Le présupposé de cette approche par compétences est que la démarche  pédagogique ne peut être efficace que si elle est découpée en morceaux. C’est le travail pédagogique en miettes qui fait perdre toute autonomie à l’enseignant. L’ingénierie, le processus, le côté mécanique des choses, la gestion interactive de la classe, le savoir-faire prennent le pas sur le savoir et paralysent sa transmission que le pédagogisme officiel prétend, malgré tout, vouloir favoriser. On a dans ces conditions des raisons de douter que des enseignants auxquels on enlève à ce point toute autonomie, puisse former, en retour des élèves autonomes. Mais qui a dit que la société de consommation a besoin de travailleurs autonomes ? Cette absence d’autonomie prend encore un tour plus tragique dans notre pays où l’indépendance représente moins un présent qu’une chose à conquérir. Il ne s’agit pas de soustraire notre pays à toute influence étrangère mais, de là, à en faire un pays-sans-qualités20, un pays-éponge21 dont les habitants seraient comme des êtres humains par  défaut, en permanence, à l’affût du dernier prêt-à-porter pédagogique à la mode, il y a un pas qu’il ne faut pas franchir et que nos élites ont déjà franchi plus d’une fois. Qui donc les réveillera  de leur sommeil sur cette question comme sur bien d’autres ?

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